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La vermifugation fait partie des gestes préventifs les plus courants en santé animale, et pourtant elle reste souvent mal comprise ou appliquée. Les parasites affectent la santé de l'animal mais représentent également un enjeu de santé publique car certaines espèces peuvent être transmissibles à l'être humain. Mieux comprendre les parasites en cause, les traitements disponibles et les bonnes pratiques associées est donc essentiel pour tout propriétaire de chien responsable.
Les vers intestinaux sont variés et leurs manifestations cliniques parfois discrètes, ce qui rend leur identification difficile sans suivi régulier.
On distingue deux grandes familles de vers chez le chien : les nématodes (vers ronds), dont les principaux représentants sont les ascarides, les ankylostomes et les trichures, et les cestodes (vers plats), parmi lesquels figurent les échinocoques, les Taenia spp. et Dipylidium caninum qui est transmis par les puces.
Les ascaris sont les plus fréquents, infestant jusqu'à 33 % des chiens adultes et jusqu'à 70 % des chiots. Ils provoquent vomissements, diarrhées et un ventre caractéristiquement ballonné chez le jeune animal. Les ankylostomes, bien que plus discrets, sont particulièrement redoutables : se nourrissant de sang, ils peuvent engendrer de sévères anémies, voire la mort chez les chiots, tandis que leurs larves peuvent pénétrer la peau, y compris celle des enfants jouant sur un sol contaminé. Les trichures provoquent pour leur part des diarrhées chroniques souvent difficiles à attribuer sans analyse.
De façon générale, les symptômes constituant des signaux d'alerte communs à plusieurs infestations parasitaires sont :
• Fatigue inexpliquée ;
• Poil terne ;
• Perte de poids ;
• Démangeaisons anales.
Néanmoins, une absence de symptômes n'exclut pas la présence de parasites, ce qui justifie à lui seul un suivi régulier.
Les vermifuges modernes offrent une large couverture parasitaire, mais leur efficacité repose sur un dosage rigoureux et une fréquence d'administration adaptée au profil de chaque animal.
Les vermifuges modernes sont pour la plupart à spectre large, capables de cibler simultanément nématodes et cestodes. Les molécules actives les plus fréquemment retrouvées sont la milbémycine oxime, le pyrantel et le praziquantel, souvent associées dans une même spécialité pour maximiser la couverture parasitaire. Ces principes actifs sont disponibles sous plusieurs formes : comprimés, pipettes spot-on, pâtes orales ou granulés. Le dosage doit impérativement être calculé au poids exact du chien, car un sous-dosage peut conduire à un échec thérapeutique et favoriser l'apparition de résistances.
Les recommandations de référence en Europe sont émises par l'ESCCAP (European Scientific Counsel Companion Animal Parasites). Pour les chiots, un protocole intensif s'impose dès l'âge de deux semaines, avec une administration toutes les deux semaines jusqu'à deux semaines après le sevrage, puis un traitement mensuel jusqu'à l'âge de six mois.
Pour les chiens adultes, la fréquence dépend du niveau d'exposition : un traitement tous les trois mois est conseillé pour les animaux exposés à des environnements à risque. Un chien adulte à faible risque se contente de quatre vermifugations par an, tandis qu'un chien de chasse, vivant en milieu rural ou en contact régulier avec de jeunes enfants, gagne à être traité plus fréquemment. Les chiennes gestantes et allaitantes requièrent également une attention particulière, en raison de la transmission maternelle des larves au chiot.
Traiter son chien contre les vers ne doit pas être un réflexe automatique : une approche ciblée, fondée sur le diagnostic, est plus efficace et plus responsable pour l'animal comme pour l'environnement.
Vermifuger systématiquement, à date fixe et sans diagnostic préalable, est une pratique de plus en plus remise en question par la communauté vétérinaire. L'examen coproscopique (analyse microscopique des selles réalisée en laboratoire) permet d'identifier précisément les parasites présents et leur charge. Cette approche diagnostique ciblée permet d’éviter de traiter un animal sain ou indemne de parasites et de choisir la molécule la plus adaptée à l'espèce parasitaire identifiée. Dans une logique de médecine préventive moderne, la coproscopie annuelle ou bisannuelle devrait idéalement précéder ou accompagner tout protocole de vermifugation.
L'usage répété et non raisonné de vermifuges n'est pas sans conséquence. L'ANSES a rendu dès 2023 un avis spécifique sur les résistances aux antiparasitaires chez les animaux de compagnie : un sous-dosage chronique, des traitements trop fréquents ou l'utilisation d'une molécule inadaptée peuvent sélectionner des souches parasitaires résistantes, rendant les traitements futurs moins efficaces. À cela s'ajoute un impact environnemental réel, les molécules excrétées dans les selles pouvant affecter la faune invertébrée du sol, essentielle à la qualité des écosystèmes. Ramasser les déjections de son chien, traiter uniquement lorsque cela est médicalement justifié et privilégier un spectre ciblé sont autant de gestes simples pour limiter cet impact.
Face à la diversité des produits disponibles en animalerie, en pharmacie ou en ligne, la tentation de gérer seul la vermifugation de son chien est compréhensible. Pourtant, plusieurs vermifuges conçus pour l'usage humain sont toxiques pour le chien à dose standard. Seul le vétérinaire est en mesure d'établir un protocole personnalisé tenant compte de l'âge, du poids, du mode de vie, de l'état de santé général et des éventuelles interactions médicamenteuses. Ainsi, la consultation vétérinaire reste la démarche la plus fiable et la plus responsable.
La vermifugation du chien est bien plus qu'un simple geste de routine : c'est une démarche médicale à part entière, qui gagne à être réfléchie, adaptée et encadrée. Connaître les parasites en cause, identifier les symptômes, choisir la bonne molécule au bon moment et adopter une approche raisonnée plutôt que systématique sont autant de leviers pour protéger efficacement son animal, sa famille et l'environnement.
Il n’existe pas d’heure universellement « idéale » pour administrer un vermifuge. En revanche, la plupart des vétérinaires recommandent de donner le traitement au moment d’un repas ou juste après avoir mangé. Cela facilite l’absorption de certaines molécules antiparasitaires et réduit le risque de troubles digestifs comme les nausées ou les vomissements.
Il est également conseillé de vermifuger un chien lorsqu’il est en bonne santé générale, en évitant les périodes de diarrhée importante ou de maladie aiguë sans avis vétérinaire. Enfin, pour assurer une bonne efficacité, il est essentiel de respecter le dosage exact en fonction du poids de l’animal.
Oui, certains vermifuges vétérinaires sont disponibles en pharmacie sans ordonnance. On peut également en trouver chez le vétérinaire, en animalerie ou sur des sites spécialisés.
Cependant, tous les produits ne couvrent pas les mêmes parasites. Certains agissent uniquement contre les vers ronds, tandis que d’autres ciblent aussi les vers plats comme le ténia. Le choix du produit dépend donc de l’âge du chien, de son poids, de son environnement et du niveau de risque parasitaire.
L’automédication peut entraîner un traitement inefficace, un sous-dosage ou l’utilisation d’une molécule inadaptée. C’est pourquoi les organismes vétérinaires comme l’ESCCAP recommandent un protocole personnalisé établi avec un professionnel de santé animale.
La plupart des vermifuges commencent à agir dans les heures suivant l’administration. Les parasites sont généralement éliminés dans les 24 à 72 heures qui suivent le traitement.
Selon le type de vers et la molécule utilisée, il est possible d’observer des vers morts dans les selles après la prise, mais leur absence ne signifie pas forcément que le traitement est inefficace. Certains parasites sont digérés avant d’être éliminés.
Chez les infestations importantes, un second traitement peut être nécessaire quelques semaines plus tard afin d’éliminer les larves ayant survécu au premier passage. En cas de diarrhée persistante, de perte de poids ou de symptômes prolongés, une consultation vétérinaire reste indispensable.
Oui, dans la majorité des cas, il est possible d’administrer un vermifuge et un traitement antipuce simultanément, à condition de respecter les recommandations vétérinaires et les notices des produits utilisés.
Cette association est même souvent pertinente, car certains parasites intestinaux, comme Dipylidium caninum (un ténia fréquent chez le chien), sont transmis par les puces. Traiter uniquement les vers sans éliminer les puces favorise donc les réinfestations.
Il convient néanmoins d’être prudent chez les chiots, les chiens âgés, les femelles gestantes ou les animaux souffrant de problèmes de santé. Certaines molécules peuvent interagir entre elles ou être mal tolérées selon les races sensibles. Un avis vétérinaire permet de sécuriser le protocole.
Rédigé par Louise Boyer Chammard et ProVéto Junior Conseil

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